Rejoindre à pied le Montenvers pour admirer la Mer de Glace en été est à conseiller à qui veut découvrir pas à pas un massif exceptionnel. Faire la même chose en hiver est un peu plus difficile mais tout aussi beau et complémentaire.

3, 2, 1…

Moins dix degrés au thermomètre pour une ascension à travers bois, cailloux et atteindre, pour premier objectif, le rail du train à crémaillère du Montenvers. A 1069 mètres, quelques coulées fraîchement descendues jusque dans la vallée mettent dans l’ambiance ; la Pierre d’Ortha s’en souvient encore.

Le cheminement est évident, la trace est bonne. En quelques minutes seulement, on se retrouve au-dessus des toits, accompagnés des bruits sourds de la vallée qui se réveille. A 1464 mètres : un croisement qui voit passer les skieurs ayant descendus la Vallée Blanche (nous y reviendrons). Mais le sentier poursuit tout droit, toujours bien installé dans la pente.

Buvette Caillet

Quelques raquetteurs descendent du chalet de Caillet où ils ont dû passer la nuit. Les chanceux !
Les cheminements taillés dans la neige tout autour du chalet par le gardien des lieux permettent de se rendre compte de la quantité de neige tombée cet hiver. A 1590 mètres, des igloos bordent le chalet côté pile (nuitée tout confort possible) et un bar auto-réfrigérant côté face permet de prendre un verre en admirant la vallée…et ses lumière, la nuit tombée.

Traversée du rail

Puisque les traces ne dépassent pas le chalet, il est temps de chausser les raquettes et de montrer l’exemple. C’est dans ces moments que l’épaisseur de la neige devient une réalité et que la progression prend plus de temps. 

Après quelques déchaussages involontaires et la traversée de couloirs d’avalanche qui font un peu allonger le pas, les rails et la crémaillère d’acier du Montenvers sont atteints. A 1700 mètres, traverser la voie est un peu plus délicat qu’en été. Encaissée entre des murs de 1.50m à près de 2.00m de neige dure, des marches taillées à coup de chaussure permettent de continuer l’aventure.

Et le train passe…

Terminus

Toujours pas de traces et un cheminement un peu aléatoire : c’était pourtant simple la dernière fois, sans la neige ! Heureusement, une trace de surf permet de trouver un peu de dureté sous les raquettes qui n’en peuvent plus de la pente et des égarements. 

Un magnifique chamois, qui traverse un couloir quelques dizaines de mètres plus haut, s’arrête un long moment et semble se moquer du randonneur mal à l’aise dans cet environnement hivernal.

Puis les murs de l’Hôtel du Montenvers pointent leurs pierres et annoncent la fin de l’ascension… plus longue que prévu.

Mer de Glace

Les conditions sont froides avec un vent soutenu qui fait vite penser que le temps de pause sera limité. De plus, le panorama est bouché, surtout aux étages supérieurs : seules quelques cimes parviennent à montrer leur nez. 

Mais l’essentiel est là : la Mer de Glace dont la neige a bouché les milliers de crevasses estivales. Une des plus grandes pistes de ski au monde qui descend du pied de l’Aiguille du Midi pour atteindre le front du glacier : 2000 mètres de dénivelé pour plus de 10 kilomètres sur le glacier.

Les touristes ne s’attardent pas trop devant le panorama et se réfugient dans les bâtiments chauffés pour se restaurer ou descendent faire la visite de la Grotte de glace quelques centaines de mètres plus bas sur le glacier.

Pendant ce temps, quelques points minuscules glissent à la surface du troisième plus important glacier d’Europe, à peine discernables. Les skieurs apparaissent au loin, sortis de nulle part et perdus dans l’immensité du paysage, progressent à peine puis se rapprochent.

Ils passent finalement à quelques mètres des piétons qui stationnent à l’entrée de la Grotte de glace et poursuivent leur descente dans la phase finale de leur itinéraire : le front du glacier.

Dernière escale

Du Montenvers, en passant sous le viaduc ferroviaire, une descente soutenue pour gagner la buvette des Mottets. Une nouvelles fois, pas de traces de raquetteurs au-delà du panneau « danger ». Il y a bien celles de quelques skieurs. Tentant !

La neige est peu épaisse sous les arbres et dans la pente plutôt forte; les traces de skis slaloment fortement entre les troncs. Les glissades sont amusantes jusqu’au moment où la glace, cachée, rend la descente risquée. Au final ça passe avec, de nouveau, quelques marches taillées dans une butte de glace.

Au pied du glacier de la Mer de Glace, les skieurs précédemment vus du Montenvers s’amassent et déchaussent pour ensuite remonter péniblement les quelques dizaines de mètres qui les séparent de la buvette des Mottets.

A la buvette, les nombreuses nationalités échangent leurs impressions de la longue et formidable descente de la Vallée Blanche.

Pendant ce temps, le ciel se dégage un peu et l’Aiguille Verte se laisse deviner. Magnifique !

Retour

Par vagues successives, tout le monde redescend vers Chamonix sur une belle piste faite de bosses, de quelques pentes et de longues lignes droites au bout desquels les skieurs disparaissent. 

A 1464 mètres, retrouvaille avec le sentier pris il y a quelques heures à la montée. A droite toute !

Encore quelques centaines de mètres sous les bois et la boucle est bouclée. Dommage !!