Qui sont-ils?

La Compagnie des Guides de Chamonix Mont-Blanc, c’est la première compagnie des guides au monde, créée en 1821.

Travailleurs indépendants

Ils sont passionnés et ont un savoir-faire unique qu’ils perpétuent de générations en générations.
Cette compagnie a toujours marqué l’histoire de l’Alpinisme et les hommes qui la constituent font preuve d’engagement, d’imagination et d’innovation.

Ils ont d’ailleurs monté un film sur leurs hommes. C’est un documentaire de 72 minutes destiné au grand public où les guides et les accompagnateurs exposent les valeurs de ce métier et de leur structure.

Le film est en vente sur la boutique de leur site en dvd et est au profit de la caisse de secours de la Compagnie des Guides.

Leur site web : La Compagnies des Guides de Chamonix

Teaser : 

L’Interview

Nous avons donc interviewé Jean-Marc MAISONNEUVE, guide de la Compagnie des Guides de Chamonix !

LaStationdeSki.com :

Depuis quand fais-tu partie de la Compagnie des Guides de Chamonix ?

Jean-Marc Maisonneuve :

Cela fait 10 ans que je suis membre titulaire, mais cela fait 20 ans que je travaille à la compagnie. J’ai été tout d’abord renfort puis je suis passé titulaire.

J’avais deux handicaps par rapport à un cursus classique ; mon âge avancé, j’ai commencé à l’âge où certains mettent un terme à ce métier et le fait que je n’étais pas natif de la vallée, on intègre plus rapidement la compagnie lorsque l’on est né ici.

 

LaStationdeSki.com :

Qu’est-ce qu’est la Compagnie des Guides de Chamonix ?

Jean-Marc Maisonneuve : 

C’est une association qui a été créée en 1821, suite à un accident mortel en montagne en 1820 lors d’une ascension du       Mont-Blanc durant laquelle 3 guides décèdent. 

C’était une époque où les guides étaient pluriactifs, il s’agissait de paysans en majorité et les « clients » étaient donc principalement des bourgeois. Cette expédition est partie malgré le fait que les guides trouvent les conditions dangereuses, une avalanche s’est déclenchée et les guides sont décédés. Cela a été un évènement déclencheur ; les guides ont choisi de se réunir et de décider pour eux-mêmes. Pour chaque course effectuée, un certain montant serait mis de côté pour former une Caisse de Secours dans le but d’aider les guides et leur famille.

C’est toujours d’actualité aujourd’hui, une somme est versée chaque année par les membres, cela permet de verser des indemnités à des guides blessés ou « abimés » de la compagnie.

La compagnie est aussi une sorte d’agence de voyage, tout est mutualisé et ça permet de prendre beaucoup plus de clients. L’histoire de la compagnie est relativement belle et la renommée de la compagnie faite par les anciens participe d’autant plus à l’image véhiculée.

Quand je demande pourquoi avez-vous choisi la Compagnie aux clients, ils me répondent que les tarifs sont identiques aux autres, mais que c’est la renommée de la Compagnie des guides de Chamonix qui les a décidés.

LaStationdeSki.com :

Es-tu spécialisé dans certaines activités ?

Jean-Marc Maisonneuve :

Je ne suis pas spécialisé à vrai dire je fais de tout. Mais ce que je pratique le plus est le ski hors-piste et le ski-alpinisme.

 

LaStationdeSki.com :

Quelles sont les meilleures stations d’après toi pour le ski alpinisme et le ski hors-piste ?

Jean-Marc Maisonneuve :

En Europe nous sommes choyés, je pense notamment à l’aspect sécurité.

L’Europe est une zone de confort, au niveau de la France, l’Italie, l’Allemagne et la Suisse qui forment l’arc Alpin. Si un accident survient en Europe, on est certains d’être plus rapidement sauvé que dans un accident sur une route de campagne. Par exemple, je suis parti en Nouvelle-Zélande où tu ne peux compter que sur toi, le sens de la sécurité est totalement différent. Pareillement en Equateur où j’ai fait des sommets avec des clients, il est préférable de ne pas avoir de pépin !

LaStationdeSki.com :

D’après toi, quelle est la sortie à faire absolument (l’incontournable) ?

Jean-Marc Maisonneuve :

Cet hiver je vais aller en Suède, ce sont deux clients suédois qui proposent d’y aller. Le côté excitant est de voir des endroits encore inconnus ! En ski-alpinisme la traversée Chamonix-Zermatt fait partie d’une des plus connues de l’arc Alpin qui est magnifique. Il y a beaucoup d’autres raids possibles, tous les jours, tu peux faire un itinéraire différent en revenant tous les soirs dans un même refuge.

LaStationdeSki.com :

Y a-t-il des activités risquées ? As-tu déjà eu des accidents ?

Jean-Marc Maisonneuve : 

Tout est risqué, rien est risqué. Le ski hors-piste et le ski-alpinisme ne sont pas des activités extrêmes. Mais il faut s’avoir s’adapter, sur un raid ça t’oblige à faire une étape supplémentaire qu’il n’y aurait pas eu s’il y avait eu cette situation.

Il y en a déjà eu oui, une fois un client qui est descendu de 50 mètres dans une crevasse, il ne s’en est pas rendu compte de cette hauteur ! C’est déstabilisant car il faut toujours se remettre en question, et parfois on a beau dire quelque chose il faut voir si la personne en face de toi a bien compris ce que tu disais, vérifier s’il respecte les consignes. C’est mon rôle de voir s’il a bien compris les risques, ce n’est pas parce qu’il y a des traces de pistes partout qu’il n’y a pas de trous ! C’est à moi de prendre la décision par exemple en hors-piste de la procédure (par où passer, un par un). Je ne peux pas dire au client qu’il a des risques tout le temps, car il n’y fera plus attention au bout de 2h ; il faut le faire modérément mais veiller à ce qu’il percute.

LaStationdeSki.com :

Est-ce que tes activités requièrent un certain niveau de condition physique ?

Jean-Marc Maisonneuve :

Pour les clients oui et pour moi aussi, ça m’oblige à avoir un niveau d’entrainement constant.

L’idée est que l’on part sur un objectif au début, mais il n’est pas forcément atteint : c’est à moi d’essayer de changer le but sans que ce soit un échec pour le client.

Avec les américains ça passe très bien, l’américain comprend qu’il n’a pas le niveau, il va le prendre comme un nouveau challenge à sa portée. Les français vont avoir tendance à se rabaisser, ils jettent l’éponge plus facilement. Il va rester dans l’échec et le fait qu’il n’y est pas arrivé tandis que l’américain, tout ce qu’il veut c’est un challenge !

LaStationdeSki.com : 

Quel est le profil type de tes clients ?

Jean-Marc Maisonneuve : 

Les clients de la compagnie ont des moyens, nous sommes chers et cela représente des sommes importantes pour une semaine par exemple. Il s’agit surtout de cadres supérieurs ou professions libérales.

Il y a 2 types de clients : soit des jeunes qui ont une vingtaine d’années dont les parents payent la sortie en cadeau souvent, soit des pères de famille. Vu mon âge, mes clients sont surtout des pères de famille (40/50 ans), ce que je préfère. J’ai déjà testé avec des jeunes qui voulaient juste risquer leur vie.

LaStationdeSki.com : 

Les clients sont-ils fidèles ?

Jean-Marc Maisonneuve : 

Sur l’année les clients fidèles représentent 50-60% de mon travail en comptant les deux saisons été et hiver.

LaStationdeSki.com : 

Est-ce que tu pars à l’étranger avec des clients ?

Jean-Marc Maisonneuve :

J’essaie. C’est souvent à la demande du client, qui va parler d’une envie mais il y a un autre paramètre qui entre en jeu, c’est lorsqu’il faut faire des regroupements de clients, lorsqu’un groupe est déjà formé c’est le top !

Je reste surtout en Europe, en Suisse, en Italie ou en France, il n’y a pas une semaine sans que j’aille en Italie ou suisse en hiver ! Le reste j’y vais volontiers mais c’est tout de même exceptionnel.

LaStationdeSki.com : 

Un de tes meilleurs souvenirs « en mission » ?

Jean-Marc Maisonneuve : 

Mes meilleurs souvenirs sont plus liés à des clients, à des moments pas forcément au lieu. Passer des soirées dans un refuge avec des clients que je connais depuis des années à parler des anciennes sorties, être dans un raid et te marrer de tout ce qui passe et réfléchir aux futurs projets… Ce sont des clients devenus des amis !

Le sommet du Chimborazo en Equateur (plus de 6000 mètres) reste un super souvenir, tu pousses les clients à monter puis ils sont heureux quand on redescend la vallée, c’est le dépassement soi !