Qui pourrait deviner ce qui se cache de si grand sur cette terre de montagnes, juste derrière les premières pentes ? La mer de Glace, un spectacle central, gratuit et à l’air libre, happe chaque année des millions de visiteurs; les prospectus des agences de voyage n’étant que de pâles reconstitutions. Suivez le guide, ou mieux, devancez-le !
A pied, en train ou à vélo

Atteindre LE glacier peut se faire de différentes manières en fonction de la forme du moment, du tempérament, du poids du sac à dos ou à main, du nombre d’enfants à (sup)porter…

Sans craindre racines et rochers et autres obstacles naturels mais non insurmontables, la meilleure voie pour atteindre le Graal est certainement…à pied. En effet, en seulement quelques heures pour franchir moins de 900 mètres de dénivelé, la marche permet une élévation douce (enfin presque) et progressive (toujours presque). Petit conseil : prendre son temps est le meilleur moyen de s’imprégner de l’ambiance qui grandit avec l’altitude (et de franchir la pente).

A pied, possibilité de partir, non pas de Chamonix, mais des Praz de Chamonix en passant près de la Pierre d’Orthaz, gros bloc de granite erratique (c’est-à-dire transporté par un glacier puis déposé après la fonte de ce dernier), terrain de jeu pour l’escalade.

Comme toujours dans la vallée de Chamonix, une magnifique forêt de conifères, dont de majestueux mélèzes centenaires, et de feuillus accueillera aussi bien le promeneur solitaire que le coureur toutterrain voire l’alpiniste survitaminé à la recherche du dénivelé maximum. Le tapis orangé des aiguilles des mélèzes imite un tapis de neige qui absorbe le bruit des pas et donne à ces passages des atmosphères uniques.

Un autre moyen d’ascension est le train à crémaillère du Montenvers, connu du monde entier. Sur le quai d’embarquement à Chamonix, la multiplicité des langues traduit formidablement bien cette renommée mondiale. Tour de Babel rejouée chaque jour. Un voyage dans le voyage.

Petit rappel : la crémaillère est un rail denté qui reçoit les roues également dentées de la motrice et permet de gravir de fortes pentes avec une adhérence sans faute.

En route !

Le trajet est cours mais l’ambiance est forte et le Voyage commence au pied de la première pente (en fait, il n’y en a qu’une, mais de 5 km !) à seulement cent mètres de la gare de départ, après le passage à niveau.

Durée de l'aventure

%

Pente jusqu'à

Départ

Arrivée

Dénivelé

Distance parcourue

km/h de vitesse moyenne

Prix du billet : plus cher que l’année dernière !

La lenteur du train, rouge géranium, est une chance ! Les cinq petits kilomètres semblent s’étirer et rendent l’instant inoubliable.
Histoire et géographie se mêlent immédiatement à la foule des voyageurs assis et debout, s’invitent sur les bancs, circulent dans les tunnels et franchissent les viaducs. Le spectacle est dans et hors du train, dans les secousses, entre les sacs des alpinistes (selon l’horaire) ou les goûters des enfants mais aussi dans le feuillage des mélèzes, la couleur des roches, la verticalité des faces minérales…avant l’horizontalité du glacier.
Autre possibilité de gravir la montagne : le vélo…mais en partie seulement. Il faudra laisser sa monture à quelques dizaines de mètres de la buvette des Mottets (1638 m) et faire le reste à pied ou s’arrêter là (mais ce serait dommage !).
Tour d’horizon

Quel que soit le moyen de transport utilisé, l’arrivée se fait sur le site de la gare du Montenvers. Immédiatement, le spectacle accapare le nouvel arrivant ou l’habitué des lieux.

Guides et alpinistes font semblant d’être blasés mais en fait se dépêchent de dépasser la foule des visiteurs pour vite disparaître en s’élevant vers des ascensions rocheuses ou atteindre le glacier en contre-bas.

Un sommet envoûte par sa verticalité : les Drus et en particulier le Petit Dru (ou face ouest des Drus), sa paroi granitique de 1000 mètres de haut et les petits glaciers au pied. On ne peut pas ne pas voir la masse manquante que trahit une couleur gris clair : une succession d’éboulements ont amputé la montagne, dont celui de 2005 et ses 265 000 m3 écroulés sur le glacier des Drus.
A partir de la terrasse de la gare : à 9 kilomètres à l’horizon, les Grandes Jorasses (4208m, Pointe Walker) que cache en partie l’Aiguille du Tacul (3444m). Derrière c’est l’Italie. Comme le monde semble petit ! On continue de tourner la tête pour reconnaître ou faire la connaissance de la Dent du Géant, discrète, juste au-dessus de la fenêtre de Trélaporte. Et on termine par l’Aiguille des Grands Charmoz (3445m).
La Belle
Après le spectacle à l’étage, vers les sommets et le ciel, il faut maintenant baisser le regard à la découverte de la Mer de Glace.

Sans être à l’école, on ne peut pas faire l’économie de quelques chiffres :
7 kilomètres de long, une largeur qui varie de 700 mètres à 1950 mètres et une épaisseur moyenne de glace de 200 mètres avec des pointes à 400. Le bassin d’alimentation fait 40 km2 de son front glaciaire (aujourd’hui à 1500 mètres d’altitude) à son point le plus haut à 3600 mètres (glacier du Géant). Cet ensemble fait du complexe de la Mer de Glace le troisième plus important glacier des Alpes. Et ceci à quelques pas d’une ville de 9000 habitants au cœur de l’Europe !

La vue sur l’étendue de la Mer de Glace reste saisissante et grandiose même si la glace tend à disparaître sous le gris des rochers charriés mais aussi du fait que les moraines latérales s’écroulent sur le glacier qui fond et perd de son épaisseur.

Un discret panneau indique le niveau que le glacier atteignait en 1820. Stupéfaction et petite pensée pour…le réchauffement climatique !
Les échelles
Pour rejoindre le glacier, il faut cheminer le long de la falaise équipée de nombreuses échelles qui effraient souvent les visiteurs en petites chaussures.
Dès le dernier barreau franchit, on se trouve sur la glace sans le savoir car recouverte de blocs, graviers et sable.
La Bête
Mais rapidement, l’ambiance glacée se fait connaître lorsque quelques cailloux plus ou moins gros glissent, chutent et font apparaître la glace toute proche. C’est maintenant le domaine des chaussures équipées de crampons, des piolets et des cordes.

La musique caractéristique de la glace et des cailloux sous les grosses chaussures accompagnent les cordées qui partent sur le dos du Géant, à la découverte des bédières (torrent à la surface du glacier), des moulins (puits) et autres beautés.

Attractions

Depuis la gare du Montenvers, il y a la possibilité de rejoindre la Grotte de glace à pied ou par la télécabine : grotte tous les ans retaillée pour compenser l’avancée du glacier (environ 70 mètres à ce niveau du glacier). Le Glaciorium : lieu pédagogique dédié à la glaciologie avec bien évidemment la Mer de Glace comme sujet d’étude.

Restauration et hôtellerie seront de bons camps de base pour profiter du spectacle visuel… gratuit.
Face à face
La pente descendante attire évidemment plus de monde que dans l’autre sens ! Le sentier passe entre de magnifiques blocs ronds et de belles surfaces polies sur lesquelles le glacier a laissé quelques stries glaciaires lors de son dernier passage.

Un crochet du côté de la buvette des Mottets est une bonne idée pour profiter d’une autre vue sur la Mer de Glace : le front glaciaire. Un chemin invite à rendre une dernière visite au glacier, mais de face cette fois.
Attention : chemin non balisé et déconseillé par quelques panneaux (mais c’est tellement mieux quand c’est « interdit » ! Chuttt!).

En quelques pas glissants (on vous avait prévenu !!), c’est un étrange face à face, une position particulière.
L’impression d’être devant une force titanesque, une montagne glacée prête à avancer d’un coup, un taureau prêt à charger !

La sensation d’être tout petit, minuscule, provoque une approche nuancée et inquiète.
Des blocs énormes sont en équilibre à quelques mètres seulement du lieu occupé, quantité d’autres ont été déposés par le retrait glaciaire et certains glissent en direct et tombent sourdement après une dernière glissade.
Glace et roche s’entremêlent et l’eau de fonte descend vers la vallée.
L’adieu est dit !